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YEUN ELEZ (WARENGHEM) JOBIC

 

Pour cette dégustation, c’est en direction de l’Armorique que je pars à bord de mon fidèle BRAD PEAT. 

La route me mène à l’Ouest de la Bretagne vers les Monts d’Arrée.

 

J’ai rendez-vous avec un mystérieux ERWAN G. (pour l’anonymat) dans la ville de Commana. Je retrouve mon hôte prés du presbytère du village au pied du calvaire.

 

 

Je fais face à un homme barbu accompagné d’un chien noir prénommé PPM. On dit de lui qu’il est à moitié druide et à moitié vendeur itinérant. Il propose des décoctions magiques qui permettraient de retrouver l’amour, de soigner les âmes égarées, de guérir les animaux malades et même de permettre aux chefs d’entreprises de retrouver la réussite. On dit surtout de lui qu’il aime le whisky (d’autant plus quand il est breton). Et c’est bien ce qui va nous intéresser aujourd’hui puisqu’il a prévu de nous faire gouter le premier whisky tourbé de la Distillerie de Lannion WARENGHEM : le JOBIC de la nouvelle marque de la maison YEUN ELEZ.

 

 

Erwan me dit que la dégustation ne se tient pas dans le village mais dans le parc des Monts d’Arrée. Une balade en début de soirée en campagne à l’heure où le soleil commence à se coucher, où les brumes bretonnes se lèvent et viennent certainement réveiller les esprits ??!! Pas très encourageant, espérons que le nouveau whisky est bon !

 

Nous remontons donc tous deux accompagnés de PPM à bord de BRAD PEAT pour un petit quart d’heure de route.

 

 

 

Le chemin nous mène à travers les bruyères dans les collines proches du village. Le trajet donne l’occasion à mon hôte de me compter l’histoire des lieux : selon la légende c'est vers là où nous nous rendons que jadis l'on venait rejeter en enfer les âmes mauvaises qui hantaient les vivants. On faisait alors venir un prêtre exorciste pour métamorphoser le revenant en chien noir. Un prêtre accompagnait ensuite la personne et le chien au cœur du 'Yeun Ellez' à la tombée de la nuit. Le prêtre devait ensuite pousser chien noir dans le marais des Portes de l'Enfer afin que le sort soit levé !

 

Autant dire qu’à l’écoute de ce récit, j’étais content de connaitre la personne avec qui je me trouvais (même s’il était accompagné lui aussi d’un chien noir) et que ce n’était qu’une légende.

 

 

 

 

Je fus d’autant plus rassuré quand il me dit que cette légende était la thématique retenue par la distillerie WARENGHEM pour la bouteille et l’emballage de sa nouvelle production (ouf ! même si j’avais encore quelques frissons).

 

En effet si l’on se penche sur la bouteille et la boite qu’il l’accompagne ou pourra y découvrir une tête de chien ainsi que les croquis de l’histoire.

 

Il me tarder désormais de gouter cette nouvelle production qui permet à WARENGHEM de mettre un premier pied sur les terrains tourbeux. Erwan me dit que fidèle à ses productions (plutôt sherry ou bourbon en double ou simple maturation), le choix a été fait par la distillerie de ne pas appeler son whisky ARMORIK comme elle en a l’habitude, mais de créer une nouvelle marque : YEUN ELEZ (qui n’était autre que le nom breton des tourbières où mon hôte me conduisait). 

 

 

Avec le JOBIC la distillerie entre ainsi avec un 50 ppm (pour l’instant) dans le monde des whiskies tourbés. Elle a produit ce distillat avec une tourbe écossaise tourbée (que je dirai proche de celle utilisée par CAOL ILA mais j’y reviendrai à la dégustation). 

 

Nous sommes enfin arrivés au bord de la tourbière dite des portes de l’enfer et Erwan me dit que ce sera le lieu de notre dégustation. Il me dit en revanche de faire attention à ne pas y mettre les pieds car comme toute bonne tourbière, il se peut que ma chaussure ne s’en sorte pas. De plus il faudrait éviter de réveiller les esprits qui y avait été jetés par le prêtre. C’était une légende mais dans le doute !! Même PPM le chien d’Erwan semblait s’en tenir un peu loin (faut dire que les chiens n’avaient pas complètement le meilleur rôle dans la légende).

 

 

C’est donc au milieu d’une ambiance brumeuse et plutôt fraiche (mais pas pluvieuse car là aussi la pluie de Bretagne n’est que de l’ordre de la légende), que nous allons déguster ce whisky.

Erwan me versa donc un liquide jaune doré très clair dans mon verre (un vrai whisky tourbé sans artifice comme un bon LEDAIG).

 

Lorsque l’on s’apprête à plonger le nez dans le verre, on peut distinguer des arômes plutôt médicaux et frais. Cette fraicheur se confirme en plongeant le nez dans le verre. Des aromes de bruyère perlée de rosée et une belle odeur de poire se mélangent. En replongeant une seconde fois le verre les aromes se réchauffent légèrement sous l’effet d’un murissement de la poire à laquelle vient s’ajouter une odeur de banane. De plus à ce moment vient s’ajouter une pointe de poivre qui vient chatouiller les cils du nez. Mais la tourbe ? Et bien elle fait timidement et discrètement son arrivée au troisième passage. Elle est assez douce mais pas omniprésente mais elle vient parfaire l’impression de réchauffement du liquide.

 

Comme souvent une goutte dans votre main viendra confirmer sa présence. 

 

Erwan me dit « Yec’hed mat » dans sa langue bretonne et fait clinquer son verre contre le mien. Je pense qu’il va falloir gouter.

 

Autant les premiers aromes se présentaient frais dans le nez, autant le liquide qui entre en bouche est épais et digne d’un beau whisky tourbé.

 

Il commence sa route en bouche par des paniers d’agrumes citronnais amenant une pointe d’amertume sur le palais. La fraicheur annoncée par le nez s’avère iodée. Elle s’accompagne de notes poivrées. L’attaque montre ainsi bien sa présence. En le gardant en bouche il va s’arrondir et s’adoucir avec ça et là quelque motte d’étoupes qui viennent se rappeler à nous. La tourbe de ce whisky n’est pas agressive et amène une fraicheur herbeuse assez agréable.

 

Une fois avalé il laisse en bouche des notes citronnées et une pointe d’iode.

 

Cette première expérience tourbée de chez WARENGHEM tient bien se promesse et permet de déguster un whisky français qui n’a rien à envier à un petit CAOL ILA. Il annonce même l’arrivée future d’un grand frère un peu plus marqué en tourbe.

 

C’est au moment où nous terminons nos verres que PPM s’agite et commence à gémir. Aurait-il senti quelque chose du côté de la porte de l’enfer ? Il va être l’heure de redescendre à Commana ou je dois ramener Erwan pour qu’il reparte sur les routes de Bretagne pour aider quelques entreprises qui auraient souffert des affres du confinement.

 

 

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