Il était tard dans l’après-midi quand je garais mon fidèle « Bradpeat » sur les docks de Leith, le moteur ronronnant doucement, prêt à humer l’air salin du Firth of Forth.
Leith un mot claque comme une bourrasque sur la mer du Nord et un quartier portuaire à l’ombre d’Édimbourg qui a toujours été plus qu’un simple lieu de transit : il est le cœur oublié — puis renaissant — de l’histoire du whisky écossais.
C'est d'ailleurs à Leith que j'ai décidé de vous faire découvrir une nouvelle maison de blending : WOVEN et 3 de ses créations : HOMEMADE, SUPERBLEND et HEMISPHERE.
L’histoire du whisky dans le quartier de Leith à Édimbourg
Au XIXᵉ siècle, Leith était « la » porte maritime d’Édimbourg. Le quartier du port servait d’interface entre les bateaux venant d’Europe chargés de fruits secs de vins, de brandies… A l’époque ce ne sont pas moins d’une centaine d’entrepôts sous douane qui s’élèvent à leur apogée.
Aussi, déjà, les blended whiskies prospéraient à Leith. On y trouvait des maisons de négoce, de stockage, de mise en bouteille : c’était un peu le « hub » logistique et commercial du Scotch aux environs d’Édimbourg. Les négociants locaux disposant de nombreux futs de vin ou de sherry importés vides on décidés de les réutilisées pour faire maturer leur whisky.
Tout n’a pas été simple. Le déclin industriel et la mondialisation ont effacé nombre d’entrepôts, ont transformé des lieux autrefois dédiés au stockage en logements, et Leith a dû réinventer sa place.
Mais voici que les dernières années voient un regain d’intérêt : par exemple, la Kask Whisky Trail permet de redécouvrir ces lieux de mémoire et le Shore, et de nouveaux lieux emblématiques s’installent dans ce même port, célébrant ce passé tout en le projetant vers l’avenir.
Les sociétés du whisky établies à Leith aujourd’hui
En faisant le tour de ce quartier au volant de Bradpeat, j’ai senti l’humidité des quais, l’écho des pas dans les entrepôts et j’ai compris que chaque gorgée de whisky puisait aussi dans cette géographie portuaire. J’ai également découvert que la renaissance du whisky dans ce quartier d’Edimbourg, passe par l’ouverture de plusieurs structures de production ou de négoce.
Bonnington Distillery
Située sur Graham Street, cette distillerie de malt a repris une adresse historiquement liée à la production de whisky dans la zone. Sa création moderne témoigne du retour du whisky de production dans un district longtemps plus dédié au stockage.
C’est en 2018 que les fondations de la distillerie furent posées. Les ouvriers, en creusant le sol, découvrirent des vestiges anciens : les ruines d’un quartier général militaire, les traces d’un atelier de bronze, et les échos du siège de Leith au XVIᵉ siècle.
En 2019, la distillerie s’élève enfin, moderne et fière, inaugurée par Halewood Artisanal Spirits. Elle devient la première distillerie de single malt à Leith depuis cent ans, et redonne vie à un héritage endormi.
À l’intérieur, tout est pensé pour unir tradition et innovation. Un mash tun de 2,5 tonnes, six cuves de fermentation de 10 000 litres, deux alambics étincelants… et sous terre, un aquifère ancien, à 147 mètres de profondeur, qui offre une eau pure, presque sacrée.
Chaque année, plus de 4 000 fûts sont remplis, comme autant de promesses de futurs single malts. La distillerie peut produire jusqu’à 500 000 litres de spiritueux par an, mais ce qui compte, c’est la patience : le temps qui transforme l’alcool clair en whisky doré, riche de caractère.
La Bonnington Distillery est aussi le nouveau foyer de la marque Crabbie Whisky, héritière de John Crabbie, pionnier du commerce du whisky à Leith au XIXᵉ siècle. Ainsi, chaque goutte produite aujourd’hui est un pont entre le passé et l’avenir : elle raconte l’histoire d’un port qui fut jadis le cœur battant du whisky écossais, et qui retrouve désormais sa voix.
Vous trouverez toutes les informations sur The Bonnington Distillery | Crabbie Whisky
Port of Leith Distillery
Un des fleurons de la renaissance du whisky à Leith. Installée au bord de l’eau, cette distillerie verticale (neuf étages) est un clin d’œil à l’innovation tout en restant ancrée dans le passé portuaire. Elle évoque la tradition des entrepôts de maturation qui bordaient jadis les quais.
Tout commence en 2014, avec deux amis d’enfance, Ian Stirling et Paddy Fletcher. L’un, passionné de vin, l’autre, expert en finance, rêvent de redonner vie à ce quartier portuaire en y installant une distillerie qui ne ressemblerait à aucune autre.
Pendant près de dix ans, leur projet mûrit, se dessine, se finance. Et en 2023, la distillerie Port of Leith ouvre enfin ses portes. Mais pas n’importe comment : elle se déploie verticalement, étage après étage, comme une tour de verre et d’acier.
Ce choix architectural n’est pas un caprice : il reflète l’esprit urbain et moderne du projet, tout en offrant aux visiteurs une expérience unique, où chaque niveau raconte une étape du voyage du whisky.
À l’intérieur, deux alambics brillent comme des joyaux avec une capacité de production de 400 000 litres par an. Les visiteurs ne viennent pas seulement pour observer : ils participent. On leur confie une fiole de spiritueux, encore jeune et fougueux, qu’ils remplissent eux-mêmes. Ils goûtent, comparent, découvrent les liens entre whisky, porto et sherry — un clin d’œil aux cargaisons qui ont fait la richesse du port de Leith.
Et puis, au sommet de la tour, les attend un bar panoramique. Là, entre ciel et mer, ils savourent un cocktail ou un dram de whisky, tandis que la ville d’Édimbourg s’étend sous leurs yeux. C’est plus qu’une dégustation : c’est une communion avec l’histoire et l’avenir de la ville.
Vous trouverez toutes les informations sur The Port Of Leith Distillery
En plus de ces distilleries (auxquelles on peut ajouter HOLYROOD (Whisky Distillery | Gin Distillery | Edinburgh | Holyrood Distillery) dans un autre quartier de la ville, il y a aussi des maisons de blend et des embiouteilleurs indépendants de nouvelle génération comme WOVEN (dont on parlera plus bas), FLAGRANT DROPS (Fragrant Drops - Independent bottlers), BLIND SUMMIT (Blind Summit Whisky) et WOODROW'S OF EDINBURGH (Woodrow's of Edinburgh - Independent Scotch Whisky Bottler). Elles sont toutes différentes, mais contribuent au renouveau du whisky à Leith et à Édimbourg, entre héritage et innovation. J'ai eu la chance, une fois de plus avec Bradpeat comme fidèle allié, de ressentir cette ambiance sur les quais.
Pour terminer le tour de Leith, on va également trouver The Vaults qui abrite la légendaire Scotch Malt Whisky Society (SMWS), club de dégustation légendaire et des bars comme le Teuchters Landing (un ancien entrepôt maritime devenu pub), le King’s Wark (authentique) et le Malt & Hops (un sanctuaire pour les amateurs du malt).
Woven Whisky
Woven n’est pas une « distillerie » dans le sens traditionnel, mais un studio d’assemblage (« blending house »). Elle incarne une nouveau genre dynamique de whisky : elle assemble, expérimente, joue avec les profils de saveur, tout en restant ancrée dans l’héritage portuaire international du quartier.
Pete Allison et Duncan McRae
Cette maison de blend est née d’une envie de 3 passionnés (Pete Allison, Duncan McRae et Matthew Gammell) : celle de « ré-examiner » le blended whisky, de le rendre moins sacré, plus accessible, plus orienté vers le goût que vers l’âge ou l’origine uniquement. Et quoi de mieux que le quartier historique de Leith pour lancer cette aventure whisky. Elle est située a Anderson place dans une ancienne biscuiterie.
Et quoi de mieux que de se fondre dans cet historique portuaire et commercial que de s’approvisionner à travers le monde.
En effet, Leith ne sert pas seulement de siège à Woven puisque l’histoire portuaire de Leith est directement inscrite dans leur approche. L’idée d’un quartier où le vin, le sherry, le brandy arrivaient par navires et les barriques vides étaient réemployées pour le whisky, Woven s’en inspire. Le quartier devenait un entrepôt de saveurs et de maturation.
De plus, Woven adopte une source mondiale : malts et grains d’Écosse mais aussi d’Irlande, d’Angleterre, des États-Unis, d’Afrique du Sud ou d’Australie. Le tout est assemblé dans leur studio à Leith.
Woven joue sur l’assemblage global, mais avec un pied dans la tradition et un pied dans l’innovation. Le whisky devient « pour boire », pour l’instant, pour le partage : pas uniquement pour collectionner. Le packaging, le message, l’attitude sont « vivants ».
WOVEN HOMEMADE
Le HOMEMADE est un hommage à Leith et à ses assemblages historiques, mais revisité. avec un coté international qui va ici passer par son vieillissement.
En effet, ce blend est composé de malt et grain écossais mais avec une part plus importante de malt whisky (environ 70 % du total). il a été vieilli à 50 % dans des futs espagnols de pédro ximenes Palo Cortado et à 50 % dans des fûts australiens d'Apera (vin fortifié inspiré du porto Tawny). Il est proposé ici à 46.4 % ABV.
Le premier nez de ce blend est très frais et pourrait s'apparenter à des herbes fraiches d'un matin brumeux. Néanmoins il laisse passer quelques notes légèrement épicées.
Au second passage on peut détecter des notes de pommes vertes et fruits à coque.
Les notes plus vineuses et fruitées venant des fûts apparaissent au troisième passage mais reste assez limité certainement lié à l'utilisation de futs éprouvé mais qui donne encore de belle notes.
La bouche est assez douce. Elle délivre des notes maltées, puis relache des notes poivrées. Par la suite la texture devient plus moelleuse avec des notes de fruits secs et des notes d'amande et des notes boisées.
A la descente il a une longueur assez sèche mais laisse dans la bouche des notes assez soyeuses et sucrées.
WOVEN SUPERBLEND
Le SUPERBLEND est un whisky « monde » conçu pour dépasser les contraintes géographiques traditionnelles du Scotch.
Il est composé de malts et de grains venus d’Écosse (respectivement 35 et 40 %) mais en plus de distillats de différentes distilleries anglaises, de la plus grosse distillerie de single malt allemande, d'expérimentions américaines et enfin d'un producteur irlandais ! Si on est pas sur un blend hétéroclite !?
Le premier nez dévoile de douces, moelleuses et chaudes notes de miel (un bonbon). On croierai presque un popcorn.
Au second passage est plus acidulé et légèrement épicé mais reste très doux
Le troisième passage se pare de notes de fruits mûrs et dévoile de légères notes de caramel.
Le nez est globalement très doux et moelleux.
En bouche on retrouve cette texture soyeuse mais il semble se réveiller avec des notes plus marquées d'épices et de bois brulé. En le conservant en découvre un mélange de notes fruités, des notes plus tendues boisée et enfin des notes marines et salées.
La finale est longue sur des notes de réglisse avec ça et là des notes épicées ou velours dans la bouche.
WOVEN EMISPHERES
EMISPHERE est encore un blend comme on en a jamais gouté : il est issu de single malt venu des "deux Ecosses du monde" !
En effet, d'un coté on va retrouver un distillat venu d'une des plus grandes distilleries d'Écosse et de l'autre un single malt fumé au manuka (arbuste à fleurs venu de Nouvelle-Zélande et plus connu sous le nom de Tea tree) venu de la distillerie Thomson Whisky située juste à l'extérieur d'Auckland en Nouvelle Zélande ("l'Ecosse du sud").
Le premier nez de ce Blend hémisphérique est marqué par de notes rondes de "pims" au chocolat sur fond d'agrumes mais cuit au feu de bois (avec quelques notes de fumée en arrière plan)
Au second passage on va trouver des notes fruitées avec un montée en puissance (et dans le nez de poivrées)
Le dernier passage laisse s'égarer l'esprit devant un meuble en bois exotique juste encaustiqué.
En bouche, il est assez marqué et beaucoup moins rond que le nez laisserai imaginer. On va retrouver certes des notes sucrées mais elles vont être rapidement dominées par des notes d'épices piquantes (poivre et gingembre) puis des notes de fumée. Il fini sa course par un air plus maritime et salé sur fond de tourbe.
La finale commence par de notes mélangées de fumée froide et de citron, avant de s'atténuer pour laisser en bouche des notes de tabac.
Vous trouverez plus d'information sur Woven sur Woven Whisky Makers
Quand le soleil se couche sur Leith, le vent du Forth apporte encore des senteurs de sel et de malt.
Je m’appuie contre Bradpeat, le regard perdu dans la lumière orange du port. Autour de moi, les murs racontent encore les tonneaux, les hommes, les navires.
Mais aujourd’hui, Leith parle une langue nouvelle : celle du whisky qui regarde vers l’avenir sans renier son passé.
Et je sais déjà que je reviendrai. Parce qu’ici, chaque gorgée a le goût du voyage — et du retour.





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