Parfois, les plus belles distilleries ne sont pas celles qui dominent un paysage. Ce sont celles qui semblent avoir toujours fait partie de lui.
Aujourd'hui je vous amène à la visite de la distillerie DEANSTON et vous propose de déguster 3 de ses créations : Deanston 17 ans – Orange Wine Cask Finish, Deanston Chronicles n°4 – Anniversary Edition et Deanston 2009 Canasta Butt Finish #4574 – 58,2 %.
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Le soleil perce difficilement les nuages écossais lorsque Bradpeat quitte les petites routes des Trossachs. Au détour d'un virage, les murailles massives du château de Doune surgissent entre les arbres, comme un décor oublié par les siècles.
Difficile de résister à l'appel d'une halte. Après tout, l'endroit a vu passer quelques célébrités avant mon désormais célèbre van Brad Peat. Marie Stuart y trouva refuge pour ses séjours de chasse, des rebelles jacobites y enfermèrent leurs prisonniers, tandis que chevaliers plus ou moins courageux (Monty Pyton), Highlanders romantiques (Outlander) et seigneurs du Nord (Game Of Throne) y ont également laissé leur empreinte.
Je reprends pourtant la route. Quelques kilomètres seulement me séparent d'un autre monument local, moins guerrier mais tout aussi emblématique. Car ici, au bord de la Teith, l'histoire ne se contente pas de remplir les livres : elle se distille aussi.
Les pneus avalent les derniers kilomètres qui longent la River Teith, dont les eaux brillent entre les arbres. Ici, le temps paraît suspendu. Devant moi, une imposante bâtisse de pierres se dessine. Pas de cheminée victorienne, pas de pagodes typiques des Highlands... Deanston est différente.
À peine le moteur coupé, une silhouette m'accueille avec un grand sourire.
— "Welcome to Deanston !"
C'est Aistė, guide passionnée de la distillerie. Son enthousiasme est communicatif. Très vite, je comprends que la visite ne sera pas simplement une succession de chiffres et de machines. Aujourd'hui, il sera question d'histoire, d'hommes, de nature... et de whisky.
Une ancienne filature devenue temple du Single Malt
Contrairement à la majorité des distilleries écossaises, Deanston n'a jamais été construite pour produire du whisky.
Tout commence en 1785, lorsque les bâtiments accueillent une immense filature de coton : Deanston Cotton Mill. Alimentée par les eaux puissantes de la River Teith, elle devient l'une des plus importantes d'Écosse. Pendant près de deux siècles, des centaines d'ouvriers y travaillent chaque jour.
Lorsque l'industrie textile décline, le site trouve une nouvelle destinée.

En 1965, les immenses bâtiments sont transformés en distillerie.
Le choix est évident : une source d'eau exceptionnelle, une alimentation énergétique déjà pensée autour de la rivière, des bâtiments immenses.
Plus de soixante ans plus tard, cet héritage est encore visible dans chaque mur de pierre. Et c'est justement ce passé industriel qui donne aujourd'hui toute son âme à Deanston.
Une distillerie où l'écologie n'est pas un argument marketing
A peine arrivé, Aistė m'entraîne vers ce qui fait l'histoire et la fierté de la distillerie. jusqu'à la Turbine House.
À première vue, le bâtiment paraît discret.
Pourtant, c'est probablement ici que bat réellement le cœur de Deanston.
Avant même de produire du whisky, l'eau de la River Teith faisait tourner une gigantesque roue à aubes destinée à alimenter la filature. Aujourd'hui, cette roue a disparu.
À sa place, une centrale hydroélectrique moderne utilise toujours la même rivière pour produire une grande partie de l'électricité nécessaire au fonctionnement de la distillerie.

J'aime cette continuité.
On ne cherche pas à effacer le passé. On le fait évoluer.
Dans un monde où de nombreuses distilleries investissent aujourd'hui dans les énergies renouvelables, Deanston avait déjà compris, depuis longtemps, que la rivière était sa meilleure alliée.
On parle souvent de terroir pour évoquer les céréales ou les fûts. À Deanston, le terroir coule littéralement devant les bâtiments.
Sans la Teith, cette distillerie ne serait probablement jamais devenue ce qu'elle est aujourd'hui.
Dans la salle de brassage : un brouillard digne des Highlands
En ouvrant la porte de la salle de brassage, une vague de chaleur nous enveloppe immédiatement. Impossible de voir toute la pièce. Commer sur les rives d'un loch à l'aube, une épaisse vapeur flotte dans l'air (mais en version beaucoup plus exotique que dans les highlands).
La lumière traverse difficilement ce brouillard blanc. Le spectacle est presque irréel. L'empatage est en cours.
Le malt concassé par l'infatigable Porteus Patent rencontre progressivement l'eau chaude.
Les sucres sont extraits lentement tandis que la pièce entière se transforme en véritable sauna écossais.
L'odeur est incroyable. Des notes de céréales fraîches, de pain chaud et de biscuits se mélangent à l'humidité ambiante. Ici, on ressent le whisky avant même de le goûter.
Deanston conserve une approche très artisanale de cette étape essentielle. Rien n'est caché. Tout est vivant.
Quatre alambics pour transformer un brassin en émotion
Nous poursuivons notre visite jusqu'à la salle des alambics.
Quatre immenses silhouettes de cuivre (deux wash stills et deux spirit stills) brillent sous les éclairages.
Le silence est presque religieux.
Aistė m'explique combien leur forme influence directement le style du distillat.
Chez Deanston, les cols relativement hauts favorisent un reflux important. Les composés les plus lourds retombent dans les chaudières tandis que les plus fins poursuivent leur chemin.
Le résultat est un spirit étonnamment élégant, crémeux et malté très fruité.
Avec cette signature de miel et de céréales que l'on retrouve dans presque toute la gamme.

L'ancienne glacière : des entrepôts qui racontent une autre histoire
La visite se poursuit dans d'immenses bâtiments aux murs épais et qui font également la particularité de la distillerie Deanston. Ses warehouses
Avant d'abriter des milliers de fûts, ces lieux servaient... de glacière industrielle. À une époque où la réfrigération n'existait pas, on y stockait la glace récoltée durant les hivers rigoureux afin d'alimenter la filature tout au long de l'année.
Aujourd'hui, ce froid a laissé place à une tout autre magie. Les chais respirent lentement. L'odeur du bois humide, du chêne, du whisky et des années passées est omniprésente et chaque fût semble raconter une histoire différente.
Dégustation : trois whiskies, trois personnalités
Et c'est d'ailleurs dans cette cathédrale que l'instant tant attendu arrive enfin : la dégustation.
Quelques tables. Des fûts tout autour de nous.
L'endroit parfait pour découvrir trois expressions très différentes du savoir-faire de Deanston.
Deanston 17 ans – Orange Wine Cask Finish
Certaines finitions intriguent avant même la première dégustation.
C'est exactement le cas de ce Deanston 17 Years Old Orange Wine Cask Finish, une édition limitée qui marie le caractère naturellement gourmand de Deanston à l'influence singulière de fûts ayant contenu un vin d'orange.
Une rencontre qui démontre la capacité de la distillerie à explorer des maturations originales sans jamais trahir l'identité de son spirit.
Vieilli pendant quinze années en fut de bourbon avant de bénéficier d'une finition de 2 ans en fûts de « Vino de Naranja » (vin fortifié andalous élaboré en infusant du vin avec des écorces d'orange séchées - Vin Orange).
La robe affiche un vieil or lumineux aux reflets ambrés.
Au nez, l'influence des fûts ayant contenu un vin d'orange se révèle immédiatement, mais sans jamais masquer l'identité de Deanston plutôt cireuse. Les zestes d'orange confite, la marmelade artisanale et les kumquats se mêlent à un miel de fleurs, à la pâte d'amande et à une légère touche de cire d'abeille.
Avec le temps dans le verre, les notes d'agrumes s'estompent et laissent apparaissent des notes d'abricot, de vanille et des notes pâtissières avec une pointe délicatement épicée rappelant la cannelle.
En bouche, l'attaque est ample et soyeuse. Les agrumes confits s'entrelacent avec une texture crémeuse typique de Deanston. Les saveurs évoluent vers des oranges sanguines, des fruits jaunes mûrs, des noisettes grillées et une subtile influence vineuse parfaitement intégrée.
La finale est longue, fraîche, légèrement épicée, laissant persister des notes d'écorces d'orange, de miel et de chêne délicatement toasté.
Deanston Chronicles N°4 – Anniversary Edition
Il existe des whiskies qui célèbrent un anniversaire et il existe des whiskies qui racontent une histoire comme ce Chronicles N°4 – Anniversary Edition.
Aisté m'explique qu'i a été créé pour célébrer les 60 ans de la distillerie Deanston mais que Julieann Fernadez (la master blender de la marque) n'a pas cherché pas à mettre en avant un seul fût exceptionnel ou un simple millésime prestigieux. Elle est partie avec une ambition bien plus grande : condenser soixante années d'histoire dans une seule bouteille.
Pour y parvenir, elle a imaginé un assemblage aussi audacieux qu'émouvant : six fûts provenant de six décennies différentes, chacun représentant un chapitre de l'évolution de Deanston, avant qu'ils ne soient réunis dans une rare finition en Porto Lágrima (un vin de Porto blanc très doux).
Embouteillé à 47,8 %, sans filtration à froid et sans coloration, ce whisky est avant tout une démonstration du style Deanston : authentique, créatif et profondément attaché à son identité.
Ce qui rend cette édition véritablement fascinante est la personnalité de chacun des 6 fûts qui la composent.
1975 – Oloroso Finish : la mémoire de la distillerie.
1980 – Refill Cask : l'expression la plus pure et cireuse du distillat Deanston.
1991 – Virgin Oak : avec ses notes de noix de coco grillée.
2006 – Armagnac Cask : avec ses fruits compotés et ses raisins mûrs.
2013 – Cadillac Wine Cask : un élevage original qui apporte une touche florale.
2020 – Burgundy Cask : le plus jeune des six fûts insuffle énergie.
L'ensemble est ensuite harmonieusement réuni par une finition de six mois en Porto Lágrima, qui agit comme un fil conducteur entre ces six personnalités, en apportant une douceur florale et une remarquable cohérence aromatique.
Ce whisky mérite d'être découvert par étapes.
Le premier nez est immédiatement marqué par le caractère mature des vieux fûts.
Une belle cire d'abeille, du miel de bruyère et un chêne parfaitement poli ouvrent la dégustation.
Puis en second passage arrivent progressivement les raisins secs, les figues, les dattes, les pommes au four et les fruits rouges confiturés. La vanille, la noix de coco légèrement toastée et quelques zestes d'agrumes rappellent subtilement les différentes maturations qui composent l'assemblage.
Après quelques minutes d'aération, le bouquet devient encore plus complexe. Chocolat noir, cacao, cuir ancien, noisettes grillées, fleurs séchées et une légère note de Porto viennent compléter un nez d'une richesse exceptionnelle.
Chaque retour dans le verre semble révéler une nouvelle facette de ce whisky.
L'attaque en bouche est douce mais rapidement elle se développe dans la bouche. Des notes de miel et les pommes caramélisées, puis viennent des fruits secs hérités de l'Oloroso qui viennent rencontrer les fruits compotés de l'Armagnac, tandis que les fruits rouges du Bourgogne apportent une fraîcheur bienvenue, le tout avec une texture soyeuse
Au fil des secondes apparaissent la vanille, le caramel au beurre et les amandes grillées sur fond d'écorces d'orange et d'épices
La finale est longue, élégante et particulièrement évolutive. Elle s'ouvre sur le miel et les fruits rouges mûrs avant de glisser vers l'amertume du cacao et les épices douces. Sur la durée on trouvera de notes bois de santal.
Deanston 2009 Canasta Butt Finish #4574 – 58,2 %
Comme je vous aime bien, j'ai décidé de finir cette dégustation par une pépite. Certaines bouteilles ne sont pas destinées à quitter la distillerie. Elles récompensent ceux qui prennent le temps de pousser la porte du chai, de respirer l'atmosphère des fûts et de découvrir Deanston au plus près de son identité.
Le Deanston 2009 Canasta Butt Finish #4574 est l'une de ces pépites confidentielles.
Distillé en 2009, vieilli pendant 16 ans, puis embouteillé directement depuis le Warehouse à son degré naturel de 58,2 %, ce single cask est une exclusivité de la distillerie. Son élevage s'achève dans un Canasta Butt, un imposant fût ayant contenu le célèbre mais très rare sherry Canasta, réputé pour son style généreux mêlant richesse oxydative, fruits secs et douceur vineuse.
Aucune filtration à froid, aucun colorant : uniquement le whisky tel qu'il s'exprime dans le fût.
Le résultat est un Deanston d'une puissance remarquable, où la signature cireuse et maltée de la distillerie dialogue avec toute la profondeur du sherry.
La robe est d'un acajou profond, traversée de reflets cuivrés
Au premier nez, la puissance de l'alcool se fait sentir sans jamais masquer les arômes. Quelques instants plus tard, le verre s'ouvre sur une profusion de fruits noirs : cerises, prunes confites, figues séchées et raisins de Corinthe.
Au second passage les marqueurs du Canasta Butt (noix fraîches, dattes, mélasse) apparaissent.
Avec un troisième passage qui permet au distillat de s'ouvrir on va retrouver le caractère mielleux de Deanston. ON va également découvrir des notes de cuir et de boîte à cigares sur un fonds de clou de girofle et de noix de muscade
.
Quelques gouttes d'eau métamorphosent le whisky. Les fruits rouges compotés prennent davantage d'ampleur et la vanille s'installe.
À 58,2 %, la puissance en bouche est bien présente, mais parfaitement maîtrisée par une texture huileuse et enveloppante.
Les premières saveurs évoquent immédiatement les fruits noirs mûrs et les raisins macérés avant de laisser place à des notes pâtissières. O,n découvre ensuite des notes de caramel et de chocolat. C'est ensuite qu'on peut découvrir la personnalité du Canasta Butt avec desnotes de fruits à coque et d' épices douces.
La finale est exceptionnellement longue avec des notes de fruits secs de cacao amer et de noix,. On ressent ensuite une légère sécheresse boisée particulièrement élégante.
En quittant le Warehouse, je me retourne une dernière fois. Ce qui me restera de Deanston n'est pas uniquement la qualité de ses whiskies.
C'est cette impression que tout est relié : La rivière, l'histoire textile, l'énergie renouvelable, les bâtiments, les femmes et les hommes qui font vivre les lieux, la passion de Aisté.
Ici, rien ne semble artificiel.
Aistė me salue une dernière fois tandis que Bradpeat retrouve doucement la petite route qui longe la River Teith.
Le moteur ronronne. Les Highlands défilent de nouveau derrière le pare-brise.
Une nouvelle épingle, une nouvelle vallée, une nouvelle distillerie m'attend quelque part au détour de la route.







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