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BOWMORE THE DARKEST VS GOLDEN AND ELEGANT

 

Le confinement est levé en France, mais nous ne pouvons toujours bouger trop loin de chez nous et au Royaume Uni, il se poursuit. Aucune autre solution pour nous que de poursuivre nos voyages virtuels. 

 

Aussi, je vous propose de vous déplacer en lecture vers l’ouest de l’Ecosse sur ISLAY pour aller faire un tour vers la plus ancienne distillerie de l’Ile : BOWMORE. Le rendez-vous est pris avec Kat (que nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer dans de précédentes dégustations).

 

Aujourd’hui, elle va nous permettre de comparer deux distillats de 15 ans d’âge : The « DARKEST » et the « GOLDEN AND ELEGANT ».

 

J’arrive sur mon vélo sur les rives du Loch Indaal.

 

Nous sommes ici, à Bowmore sur un des spots dont rêve tout amateur de tourbe. Une grande baie maritime avec sur la gauche au loin soit des distilleries en pleine exploitation (Lagavulin, Ardberg et Laphroaig) ou en sommeil (Port Ellen, Gartreck) et en face au bord de la baie Port Charlotte et un peu plus haut sur la bute Kilkoman. Ici on est au pays de la tourbe.

 

Malheursement, confinement oblige, à Bowmore tout est fermé, plus de prêches dans l’église ronde de la ville et même le four de la Peatzeria ne chauffe plus. C’est donc seul sur mon vélo que j’arrive devant la distillerie.

 

 

Heureusement que mon amie Kat m’attend et a les clés du N° 1 Vaults (un des plus anciens chai d’affinage, qui voit vieillir une bonne partie des distillats de la marque en dessous du niveau de la mer depuis le 18ème siècle).

 

L’endroit est bien entendu très calme et solennel. Comme on peut s’y attendre le fût est ici roi, des petits, des gros… Il y a même des fûts japonais Mizunara (peut-être une future dégustation) hummm.

 

Kat me conduit sur la gauche de l’entrée vers deux fûts : un gros Sherry Butt (480 l) et à côté de lui un Hogshead (240 l).

 

Pour information la dégustation du jour sera réalisée sur la base des versions brut de fût alors que celles bouteilles sera plus destinée aux rigolos puisque réduit à l’eau avant d’être mis en bouteille (désolé ! ). 

 

Il ne faut pas laisser ici sous silence ce qui malheureusement devient assez commun : ces deux distillats sont nés il y a quand même 15 ans, ce qui bien que courant de nos jours, laisse au bois l’occasion de s’exprimer. Nous allons donc comparer aujourd’hui deux versions de finishs d’un même distillat : 13 ans passés dans des fûts de bourbon de premier remplissage.

 

C’est ensuite que tout a changé : le premier (qui deviendra le DARKEST) qui trône devant moi aura été transféré dans le Sherry Butt Oloroso pendant 2 ans, alors que le second (qui deviendra le GOLDEN AND ELEGANT) aura lui été transféré pendant les 2 dernières années dans un fût de bourbon Hogshead.

 

Comme toujours en ces moments, il faut un bon coup de main pour arriver à faire sauter la bonde et se prendre pour un ange (et un master blender) qui eux seuls ont accès à l’intérieur du fût.

 

Le liquide qui sort de la première plongée du taste vin (dans le fut d’ex sherry) est d’une magnifique couleur ambre foncée. Kat le verse directement dans le décanter posé sur une table juste à côté. Celui qui sortira du second fût (le plus petit) aura lui une couleur beaucoup plus claire (proche d’un bel or couleur d’orge pas encore maltée) au moment où il glisse dans le second décanter. Comme on pouvait s’y attendre, bien que moins de contact avec le bois du fût (compte tenu de sa taille plus grande) le finish sherry Oloroso est venu colorer le liquide plus fortement que le fût de bourbon. Quoi qu’il en soit, qu’elle soit foncée ou claire ces deux couleurs donnent envie de goûter.

 

Pour ce faire Kat propose de quitter le n°1 Vaults (où on peut le dire il ne fait quand même pas une grande chaleur) et de sortir au soleil de ce jour printanier.

 

Après être passé devant la fontaine qui laisse couler l’eau du LAGGAN qui sert à la distillation, nous sortons sur le quai, juste derrière le grand portail devant les lettres noires annonçant fièrement le nom de la distillerie créée en 1775 aux bateaux de passage dans la baie.

 

Au soleil la couleur des deux distillats est éclatante et leur différence est frappante.

 

C’est donc installé sur les rochers que la dégustation débute.

 

Commençons par le finish OLOROSO :

 

Quand le nez plonge dans le verre, il est enrobé par les belles notes offertes par le finish sherry. Le gâteau au chocolat noir cuit au feu de tourbe est bien là. Mais comme souvent chez BOWMORE, le fumée reste très discrète et subtile : « à peine » 22 ppm mesurés en sortie de séchage (pourtant dieu sait que pour l’avoir vécu ça sent rudement bon la fumée dans le séchoir de la distillerie).

 

Bref à ces belles notes chocolatées très légèrement fumées viennent s’ajouter la touche fruits rouge et de raisin sec du sherry. Au second passage viennent se positionner des notes plus épicées mais qui restent néanmoins douces. Aucune agression particulière car les années ont eu tendance à adoucir les arômes. C’est dans l’épreuve de la pomme de la main que l’on découvre le plus l’odeur du fumé sucré.

 

 

 

 

Pour ce qui est du full-bourbon (vieillissement et finish), l’aventure olfactive est toute autre (logique). Quand le nez plonge dans le verre, l’apport de la tourbe est encore moins marqué et les odeurs sont beaucoup plus précises. Elles vont osciller entre du sucre et de la vanille sur le premier nez et des notes plus citronnées quand on le replonge dans le verre.

Il n’y a ainsi pas que la différence de couleur qui marque ces deux distillats de 15 ans, il y a aussi le nez. Dans la pomme de la main la tourbe sera en revanche plus proche d’un tabac froid que pour le finish sherry.

 

Goutons voir !

 

Quand le liquide ambre entre en bouche, c’est avec de belles notes boisées, fruitées et très légèrement fumées. Il n’y aucune agression d’épice, mais plus des notes sucrées vineuses de fruits rouges. En le gardant en bouche, la tourbe encore plus discrète qu’au nez s’estompe complètement pour laisser place à des notes plus BOWMORE tournées vers des agrumes et de notes florales. Quand il finit sa course de 15 secondes dans la bouche c’est avec le retour des arômes du xéres.

C’est d’ailleurs ces notes de sherry qui restent longtemps dans l’esprit (et la gorge) une fois avalé. Elles sont accompagnées d’un apport plus frais et salin (qui n’avait pas été flagrant en bouche). 

 

 

On peut clairement dire que cette version 15 ans sait bien conjuguer le sherry et Islay.

Pour son confrère de 15 ans entièrement passé par des fûts (petits ou gros) de Bourbon, il va en être tout autre. Comme l’annonçait le nez, en bouche, il va être beaucoup plus marqué en boisé et en agrumes. L’entrée est néanmoins assez douce et les notes citronnées qui viennent accroitre le caractère marin de ce whisky sont quand même assez douces et vanillées. C’est en le gardant en bouche qu’il va révéler encore plus de citrons et désormais d’amande et une pointe de fumée plus marquée que la version xérès.  

 

Au final, une fois avalé, c’est d’ailleurs ces deux arômes (amande et citron) qui restent assez longtemps dans la gorge. Ils seront néanmoins accompagnés d’une pointe de tourbe.

 

Cette double dégustation, posé au calme confiné de la baie du loch Indaal, met bien en avant le vrai différentiel du travail du bois et permet aux amateurs de tourbe de bien profiter des arômes sans avoir un gout de fumée (très appréciable néanmoins) qui vient un peu arrondir l’ensemble.

 

C’est une expérience que je vous conseille si un jour vous passez sur l’Ile d’Islay après le confinement !! Demandez à la faire avec Kat elle est géniale !!

 

 

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