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EDRADOUR 10 ANS 2009 STRAIGHT FROM THE CASK

De retour sur la terre ferme à Kennacraig in kintyre au milieu de la presqu'île après un petit passage sur la reine de Hébrides, Islay, je retrouve mon fidèle Brad Peat pour continuer mes voyages de confinement. Direction le centre de l Écosse. Aujourd’hui nous partons pour Pitlochry chez Edradour.

 

Un peu plus de 3 h de route nous attendent en passant par les magnifiques paysages de la région de Loch Lomond. Au bout de 2 heures sur les routes sans circulation, j’arrive à quelques miles d'Aberfeldy, mais je me rends compte que le voyant de la jauge d’essence s’est allumé. Je ne sais pas si vous connaissez mais ici on ne peut pas dire que les stations courent les rues !  Et en temps de confinement… 

 

Au bout d’un moment je vois un panneau : château de Menzies. Peut-être y avait-il une âme charitable qui pourrait m’aider ! 

 

C’est ainsi que j’arrive devant un haut château en brique entouré par des forêts. Malheureusement, il n’y a personne. La porte principale du château est fermée. Néanmoins, j’aperçois sur le côté une petite porte qui elle est ouverte. Elle semble donner vers les caves de la grande demeure.

 

Je descends par un escalier sombre et j’arrive dans une belle cave voutée. À l’intérieur des fûts de Sherry ! La lumière est faible et seulement créée par de simples bougies. Bien que l’on ne voit pas bien, j’aperçois une silhouette silencieuse assise au fond de la cave. Devant elle un grimoire sur lequel elle est train d'écrire. 

 

En m’approchant de lui je vois ses vêtements : une côte de maille et par-dessus un jaque arborant les armoiries un grand E et un K et en dessous S et un V et une doctrine « in battle or barrel ». Il porte un heaume : Un Chevalier. J’ai l’impression d’être dans la dernière croisade avec Indiana Jones quand il rencontre le chevalier du graal.

 

Me voyant approcher, ce dernier me dit « Halo ». Il retire son heaume et je vois un homme souriant arborant une belle moustache. « Je suis sir Andrew Symington, chevalier Edradourian, maitre du quaich ! », il rajoute, « t’es-tu passé les mains à la solution alcoolique ? » (et oui c’est quand même le confinement et les chevaliers ne badinent pas avec les gestes barrière).

 

Je suis abasourdi ! J’allais chez Edradour et Signatory Vintage et me voilà, à l’occasion d’une panne d’essence directement avec le grand Edradour Knight (cher aux membres du groupe facebook) !

 

My godness ! Les dieux du whisky existent. Mais il ne faut pas m’égarer, car ce qui m’avait amené ici est plus une panne d’essence qu’une panne de sens ! Je passe ainsi mes mains à la solution alcoolique, je contourne les fûts et m’approche du chevalier.

 

« Halo Sir, je suis en route pour votre distillerie mais je n’ai plus d’essence ! Ou pourrais-je en trouver ? ». Le chevalier me regarde et me sourit.  Je te le dirai mais avant ça sache que je suis grand maitre du Quaich et que je dois te faire gouter à l’eau de la vie (uisge beatha en écossais…devenu plus tard whisky).

 

Finalement à défaut de ravitailler mon réservoir, je vais peut-être malgré tout ravitailler aussi mon gosier !

 

Tout en gardant les distances de sécurité, je réponds à son invitation et m’assoie sur un tabouret.

 

Il me dit que la distillerie est malheureusement fermée à cause de ce maudit virus mais qu’il en profite pour parfaire ses recettes de distillation au calme de cette eau magique qui prolongerai la vie des gens qui y gouttent. En parlant il sort de dessous le repose grimoire une boite rectangulaire en pin. Dessus je vois noté « Scotland Little Gem EDRADOUR et surtout une mention qui me fige : STRAIGHT FROM THE CASK. Je ne pense pas que ce soit un vrai diamant mais par contre une vraie pépite ! 

 

Quand on est amateur de whisky, c’est le style de phrase qu’on aime voir ! Je me dis, EDRADOUR = REFERENCE = SHERRY = PLAISIR ! Et là je me dis merci BRAD PEAT de m’avoir réclamé de l’essence. Passons.

 

Le chevalier Andrew m’explique qu’il est obligé de protéger ses bouteilles de whisky par des boites en bois pour éviter tout accident (tant pour la bouteille que pour celui qui la transporte et la déguste).

 

Il me narre ensuite l’histoire de sa distillerie aux volets rouges (créée depuis 1825, rachetée par lui en 2002). Il me raconte que la vraie pépite des Highlands c’est elle (longtemps la plus petite). Il me parle aussi de ses petits alambics qui produisent un distillat très gras qui se mari à merveille au fûts de sherry dans lequel il vieilli. Il me parle de la création de la distillerie jumelle de l’autre côté du ruisseau Ben Vrackie qui donne vie au whisky tourbé BALLECHIN (dont je vous ai déjà venté les mérites dans sa version OLOROSO 11 ans).  Il me parle aussi des entrepôts SIGNATORY VINTAGE qu’il a construit non loin…

 

Nous avons manifestement affaire à un grand passionné ! Mais ce n’est pas une nouveauté quand on a entendu parler du Chevalier en question.

 

Tout en parlant donc, il ouvre la boite en pin et sort une petite bouteille reconnaissable au milieu de toutes les autres : EDRADOUR 10 ans d’âge vieilli en fut de sherry. 

 

La couleur du distillat en ferait frémir plus d’un. Un brun foncé cuivré à ne pas y voir à travers dû aux 10 années passées dans un sherry gros sherry butt de 500 litres. Dans sa petite bouteille d’un demi litre on croirait une potion magique.

 

 Il me dit, je l’ai distillé en octobre 2009 et n’en ai produit que 953 bouteilles. Une rareté même si il représente une des référence du monde du whisky. A l’œil, on croirait un vieil armagnac. Un vrai sherry bomb comme on les aime.

 

Le nez de ce breuvage est très marqué par les fruits sec (raisins sec), de fruits murs et des notes de noix grillées. On croirait sentir une cerise burlat très mure et gorgée de sucre. Les notes d’alcool sont bien entendu très présentes et nez vite paralysé (on est quand même à 57,8 %). Néanmoins quand il commence à s’habituer il découvre une pointe de banane bien sucrée. C’est d’ailleurs cette note qui complétée d’une jolie pointe de fumée se découvre avec quelques gouttes d’eau.

 

Dans la pomme de la main, les notes vineuses et sucrées sont bien présentes. Au bout d’un moment il apparait dans la main une odeur de cuir.

 

Le chevalier Andrew me regarde et me fait signe, il est tant de gouter à l’éternité.

 

 

 

 

Le chevalier Andrew me regarde et me fait signe, il est temps de gouter à l’éternité.

 

« Slainte mhath » me lance-t-il.

 

Attention les yeux

 

Pour reprendre une phrase de Audiard, « faut quand même reconnaitre que c’est plutôt une boisson d’homme ! » : Les 57,8 % explosent en bouche en amenant avec eux de belles notes épicées, l’explosion rapide d’un citron. Ensuite les fruits secs font leur entrée quand le distillat reste en bouche et apporte avec eux une certaine rondeur sucrée. Quand on avale, la pointe de la langue continue à piquer et une note de réglisse pare le fond la bouche.

 

Une fois avalé des notes finales vont trainer une pointe de raisin sec. Ce sera plus la sècheresse et l’âpreté du sherry qui va rester en dans la gorge mais sans trop durer.

 

Le chevalier me regarde avec un air satisfait et me dit « a-nis tha thu cha mhòr neo-bhàsmhor » (maintenant tu es presque immortel). Je n’en demandai pas tant !

 

Quoiqu’il en soit je viens de passer un très bon moment avec un maitre du quaich et je ne vais pas abuser car il me reste de la route. Je n’irai peut-être pas cette fois-ci chez Edradour, ce sera pour une autre fois, mais je vais continuer mon aventure vers le nord et le Speyside.

 

Au moment de partir, je me retourne vers le chevalier et lui dit « au fait ou puis-je trouver de l’essence ? Il me regarde et me dit «

Chan eil fhios 'am, bidh mi a' siubhal air muin eich! » (Je n 'en sais rien je voyage à cheval !) avec un clin d’œil ! Il finit par m’expliquer que je trouverai ce que je cherche à la sortie d’Aberfeldy ...

 

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