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DISTILLERIE DES BUGHES - HOME DISTILLERS BATCH 1

Revenu virtuellement mais directement d’Islay la magnifique (où j’ai gouté le CAOL ILA non tourbé –NDLR-), je me sens déjà en mal de tourbe.

 

Ayant entendu d’étranges rumeurs sur l’arrivée d’un nouveau single malt tourbé dans le centre de la France, je pars à bord de mon Brad Peat en direction du pays au vierges blanches : l’Auvergne (la reine des volcans après la reine des Hébrides…normal).

 

Ma route m’amène ainsi en Haute Loire à, à peine, 20 minutes de route au sud du Puy en Velay dans la petite bourgade de Solignac sur Loire dans la DISTILLERIE DES BUGHES.

 

Après avoir tourné dans le village sans trouver la mystérieuse distillerie, je me suis résolu à demander ma route car il était hors de question que je reparte des montagnes sans avoir goûté à ce single malt tant attendu. Où puis-je trouver quelqu’un en temps de confinement ? L’église ! Je me suis ainsi rendu vers l’église Saint Vincent. Bien m’en a pris car devant le portail de cette église Romane vieille de 500 ans, je suis tombé sur une homme. Je m’approche masqué et respectant les distances de sécurités et je me présente et explique la raison de ma venue en Auvergne.

 

A son tour il se présente : « je m’appelle Bérenger et je pense que vous êtes tombés sur la bonne personne » (Bérenger n’était ni plus ni moins que le créateur de distillerie des Bughes).

 

Il me dit : « tu es avec la personnes qu’il te faut ». Nous voilà ainsi parti à bord de mon van à travers la campagne de la Haute Loire. 

 

 

Alors qu’il me raconte comment en grand passionné il a créé la distillerie en 2014, nous faisons un premier arrêt à la distillerie rue de l’ancienne voie ferrée. Nous entrons dans un bâtiment qui ressemble à l’antre d’un alchimiste. Des sacs d’orge (tourbée à 20 ppm et venant de Belgique mais bientôt bio de la région –en 2023 - NDLR), une cuve de brassage et des étagères contenant des grosses bombonnes de verre et remplies des décoctions en train de fermenter. Face à moi le cœur de la bête : 8 alambics charentais posés comme à la chaine en train de ronronner tranquillement et de cracher leur liquide par leur col de cygne.

 

Il me raconte que cela fait 6 ans qu’il produit du pur malt et autres liqueurs. Il me dit surtout qu’enfin, après une longue attente il a enfin le droit de commercialiser son single malt. 

 

Je me dis que le moment est peut-être bien venu de le goûter ? Il me regarde et me dit qu’il souhaite me conduire ailleurs pour procéder à la dégustation.   

 

Nous remontons donc dans Brad Peat et reprenons la route.

 

Nous partons en direction du sud pour 5 petites minutes de route sur la départementale 54 pour un premier arrêt dans les monts du Devès. Bérenger me fait garer Brad Peat sur le bas-côté de la route et nous partons pour 5 minutes de marche à travers un décor qui ressemble au vallons du Speyside. Nous arrivons enfin au bord d’un ruisseau, futur affluant de la Loire naissante proche. Il souhaite, ici, me montrer l’eau pure qui sert de base à son distillat. Mais également il souhaite me montrer la magnifique cascade de la Beaume qui rend les lieux encore plus majestueux et magiques.

 

Mais notre périple n’est pas encore fini, nous retournons jusqu’à Brad Peat et nous reprenons la route plein est en direction des monts yssingelais.

 

Au bout d’une heure de route, nous arrivons au bord d’un nouveau chemin qui semble nous mener sur un vallon. Ne me demandez pas le nom de la ville, il reste secret. Aussi, abandonnant une nouvelle fois mon fidèle destrier, nous partons pour une ascension qui nous mène à environ 900 m d’altitude devant un buron d’estive ! Chemin faisant, Bérenger me raconte son souhait de garder le nom de ce lieu secret, à l’instar des moonshiner américains de l’époque de la prohibition et d’Al capone. Le whisky vieillit toujours mieux quand il est entouré d’un nuage de mystère et que le chai de vieillissement conserve une bonne température.

 

Ici à 900 m d’altitude, nous ne sommes donc pas devant une grange de vieillissement de fromage mais bien devant un véritable warehouse. Ce fait est confirmé quand, à l’intérieur du bâtiment, je me trouve devant des empilages de fûts !

 

Et pas n’importe quels fûts ! De gros tonneaux en chêne espagnol de 500 litres de Xérès Oloroso (Sherry but). Dans un coin, on peut aussi voir de fûts de chêne neuf en sommeil (et faisant vieillir un whisky que nous pourrons goûter l’année prochaine à sa sortie) ou des fûts de vin de bordeaux.

 

Le décor enfin planté nous allons enfin pouvoir goûter à ce véritable « sherry bomb » altiligérien (de Haute Loire –NDLR-) français si longtemps attendu par les créateurs.

 

Profitant d’un magnifique soleil, Bérenger pris une bouteille avec une étiquette bleue et mauve et contenant un liquide d’une belle couleur jaune profonde et deux verres et nous revenons à l’extérieur pour la dégustation.

 

A la santé du whisky français.

 

Quand on plonge le nez dans le verre une première fois on découvre la fraicheur d’une poire bien mure qu’on ressent souvent dans un whisky jeune mais également une douce pointe de vanille. En revanche au second passage il va se révéler. Des effluves d’orge maltée et « grillée » à la tourbe font leur apparition. Son caractère que je qualifierai d’agricole est là. Imaginez-vous dans une ferme auvergnate devant un cantou où vous faites bruler des blocs de tourbes et dans laquelle vous avez laissé la porte de l’étable a la paille humide ouverte (je vous laisse visualiser les lieux et les odeurs).

 

Ce n’est qu’au troisième passage que l’impact du jeune vieillissement sherry (seulement 3 ans) fait une timide entrée. Arrive alors la chaleur et rondeur de fruits rouges, la tension des épices et enfin l’âpreté du vieillissement sherry.  

 

Je crois que c’est la première fois que je rencontre un « sherry bomb agricole » (au sens noble du terme) dans lequel les trois passages du nez sont très nettement différents. Je trouve que ce jeune whisky, qui s’arrondira certainement en vieillissant marque bien son emprunte dans le sol français.

 

En bouche la surprise se poursuit.

 

Comme si la fumée de tourbe était encore présente, elle précède l’entrée du liquide dans la bouche.

On se dit alors à 40 % d’alcool, il va être plutôt doux ! Que nenni l’ami ! Il montre sa présence dès les premières gouttes lâchant dans la bouche une brouetté d’épices, d’orge malté et de poires.

 

Ensuite, comme si le vieillissement se continuait en bouche, il s’arrondi. Il se réchauffe, devient un peu plus âpres et épicé. Le vieillissement sherry, bien qu’encore court (seulement 3 ans je vous rappelle), est bien présent. Sur la fin, il s’adouci avec le retour de l’orge et au final la tourbe qui reste discrète.

 

Une fois avalé, le final est moyennement long mais laisse une belle pointe de réglisse et d’âpreté. En revanche, ce final est beaucoup plus long dans le palais et dans la bouche ou il se rappelle à nos souvenirs.

 

Si vous avez un doute sur la tourbe qui s’est faite discrète, mettez-en une goutte dans votre main pour la révéler (accompagnée de l’orge) puis retournez à la dégustation. Votre esprit désormais enfumé la découvrira que mieux.

 

Enfin, malheursement, arrivera le moment où votre verre sera vide. Plongez-y le nez et vous y découvrirez le sucre d’une pèche de vigne mais également la puissance d’un bout de cuir. 

 

Bien qu’encore jeune, ce whisky tout fraichement sorti de son fût (les premières bouteilles ont été commercialisées au début de ce mois de novembre 2020) tient déjà ses promesses et transcrit la passion de ses propriétaires.

 

Il ne demande qu’à vieillir et promet de belles perspectives pour les futures versions. Avant de rejoindre mon van pour partir pour de nouvelles aventures, Bérenger me parle des futures versions, bio, régionales à 100 %...beaucoup de belles promesses qui donnent envie de revenir dans la Haute Loire (je ne suis pas loin, je suis souvent dans le Cantal !!).

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