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TWO WORLDS LA VICTOIRE BATCH 1

 

Aller, on retourne sur le vieux continent après cette petite incartade américaine d’abord à Seattle (pour goûter au single malt américain WESTLAND –ici-) puis à Louiseville dans le Kentucky (pour un bourbon de chez MICHTER’S –ici-). Mais vous n’allez pas vous en tirer comme ça et pour faire la transition quoi de mieux que de goûter le plus français des Bourbons (mais je vais y revenir) : LA VICTOIRE 1er Batch de la jeune maison TWO WORLDS WHISKEY.

 

Vous allez dire, encore un bourbon ? Non je vous promets que PEATDREAM va rester PEATDREAM, on y reparlera vite de single malt et je ne vais pas changer de nom pour BOURBONDREAM !! Mais celui-ci m’a paru assez intéressant (et bon) pour que je vous en parle et que je vous fasse découvrir la société d’ASHLEY DONAHEY.

 

 

Mais avant tout un bref coup d’œil sur le bourbon s’impose (et va expliquer beaucoup de choses). Tout d’abord sachez que si on cherche la vraie source du bourbon, il faut pousser jusque dans…l’Allier ! Si si ! Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parceque c’est dans la ville de Bourbon-l’Archambault et sa région qu’est né la lignée des rois BOURBONS au milieu du 16ème siècle (le terme de Bourbon venant lui-même du celtes Borvo dieu guérisseur gaulois – NDLR-).

 

Deux siècles plus tard, au 18ème, alors qu’en France les Bourbons sont encore rois (et que l’on n’a pas encore coupé la tête à l’un d’eux), des colons anglais, écossais, irlandais, français et allemand partent à la conquête du nouveau monde. Je ne vais pas faire un grand cours d’histoire-géo, mais la Louisiane (qui va à l’époque du golfe du Mexique au nord du Canada) devient un territoire français (la Nouvelle France). C’est d’ailleurs pour cela quand dans le centre des Etats-Unis, on retrouve encore de nos jours des villes avec des noms assez connus par chez-nous, comme Versailles, Nice, Marseille, Calais ou encore la Nouvelle Orléans !

 

 

Parmi les provinces de cette LOUISiane, on va retrouver notamment un comté nommé BOURBON dont le chef-lieu est la ville de PARIS (on ne l’invente pas). Cette région est agricole et on y produit du maïs mais comme les irlandais et les écossais ne sont pas renommés pour fabriquer du pain mais plus pour distiller les céréales…. on va assez rapidement savoir quoi en faire.

 

Aussi, alors qu’en France on ne va pas tarder à couper la tête à un Bourbon (Louis XVI pour ne pas le nommer), il ne faut pas longtemps à des colons dénommés Elijah Craig, Jacob Spears ou encore William Downard (ancêtre d’Ashley qui nous intéresse aujourd’hui) pour se lancer dans la distillation et produire du whiskey !

 

Un demi-siècle plus tard (alors que la Louisiane a été vendue par Napoléon depuis une cinquantaine d’année) on met ce whiskey dans des fûts de chêne bousinés et pour rendre hommage à la région, apparaît le nom BOURBON WHISKEY ! 

 

 

Ça c’est pour la première partie de l’histoire du jour car hormis le terme de bourbon, cela n’explique pas pourquoi celui d’aujourd’hui, le TWO WORLDS est un bourbon aux aires français !    

 

Pour cela, il faut se tourner vers la guerre d’indépendance américaine en 1777/78 quand dans un grand élan de générosité, et au mépris de l’interdiction de son roi (décidément LOUIS XVI n’était pas respecté), le Marquis de Lafayette appareille LA VICTOIRE (on y arrive…) pour aller aider les troupes indépendantistes à se libérer du joug des anglais. L’histoire montre qu’il a réussi et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est nommé « le héros des deux mondes » et qu’il fait partie des français les plus connus outre atlantique.

 

Voilà, le décor est posé et j’ai bien soif à force de parler ! Mais vous allez me dire le bourbon on comprend où il veut en venir, mais la guerre d’indépendance… Il ne va pas le goûter son bourbon !!

 

 

Que nenni ! Sans la guerre d’indépendance finie grâce en partie à une alliance avec la France, pas de soldat comme William Downard qui se lance dans la distillation. Et ainsi pas d’envie pour sa descendance, Ashley Donahey, de saluer le lien qui uni la France et les Etats-Unis en proposant de faire découvrir un bourbon spécialement réalisé pour le palais des français !

 

 

Car c’est cela qui a motivé l’ancienne Diplomate aux affaires étrangères venue du Kentucky d’abord à tout plaquer pour travailler comme ambassadrice des whiskies du vénérable John Glaser et pour ensuite se lancer dans la conception, en 2019, de bourbon haut de gamme pour les français. Mais comment faire pour « franciser » un bourbon sans lui enlever sa nature même de bourbon ?

 

Un rappel s’impose (encore un, après promis j’arrête et on le goûte) ! On appelle Bourbon un distillat produit avec 51 % minimum de maïs (le reste étant du seigle ou du blé) et vieilli dans un fût de chêne neuf bousiné (sans durée de vieillissement spécifique) sur le territoire américain. Et on appelle Straight Bourbon, un bourbon qui a passé au minimum 2 ans dans son fût.

 

 

Les bases étant posées. Il restait à Ashley et son équipe 100 % féminine (Ashley Barnes, master-blendeuse et Monica Wolf découvreuse de fûts toutes deux fondatrices du cabinet de consulting The Spirit Group) à trouver des Straight bourbons dignes de ce nom. De plus, comme l’objectif était de proposer un bourbon destiné aux français, il fallait développer le concept.

 

 

Pour ce premier galop d’essai, elle voulait, tout d’abord, sur une base 100 % straight bourbon, arriver à créer un bourbon pour les papilles françaises. Elle est ainsi partie d’une cheville centrale d’un majestueux Straight Bourbon de 14 ans à laquelle elle a mélangé un fruité 4 ans d'âge et enfin un moelleux 5 ans d'âge.

 

Comme l’objectif est de produire un bourbon pour les français, tout ce beau monde (11 fûts seulement) a été rapatrié dans la région de Cognac en France pour y être embouteillé à la force du fût (54,7 %) dans un peu plus de 2100 flacons. LA VICTOIRE (en référence au bateau de Lafayette) était né.

 

 

Vous allez me dire un embouteillage français ne va pas changer le goût même si le distillat est « papillairement » adapté, grâce à la connaissance d’Ashley des goûts de français et à l’expérience son équipe, mais c’est un premier pas vers « l’Alliance » de deux pays.

 

Ce premier pas, comme son nom l’indique, sera suivi par deux autres expériences afin de progressivement créée un Bourbon à la francaise !

 

Tout d’abord, il est prévu de réaliser l’ALLIANCE, en important en France du Straight Bourbon ou du Rye déjà vieilli aux Etats-Unis afin de leur faire bénéficier d’un finish soit en fût de vin rouge (pour le premier) ou en fût de Calvados (pour le second).

 

Ensuite pour conclure l’expérience, il est prévu de produire l’HERMIONE (encore un bateau) en réalisant un vieillissement intégrale d’un « white dog » (qui est au bourbon ce que le new make est à un single malt) dans des fûts de chêne français neufs. Notons ici que cette innovation risque de faire perdre l’appellation bourbon (car pas vieilli aux Etats-Unis) mais si le prix en vaut la chandelle et que ce distillat. Et qui sait, peut-être appeler « Alliance-whiskey » ou, « franco-american whiskey » ou  encore « french wood whiskey », sera une future nouvelle appellation.

 

Bon c’est bien beau tout ça mais la dégustation de ce straight bourbon haut de gamme donne quoi ?

 

Dégustation TWO WORLDS LA VICTOIRE BATCH1

Alors à quoi ressemble un straight bourbon à la française.

 

Il se pare d’une couleur ambres plus marquée que sur un bourbon habituel (certainement lié au 14 ans passés par son pivot central dans le fût).

 

L’esprit prêt à sentir un bourbon est surpris car il n’en a pas directement l’odeur.

 

Au premier passage, il va révéler certes des notes bien caramélisé mais qui vont plus s’assimiler à celles d’une banane flambée. On détecte même un fond de tarte tatin. En persistant il va ensuite relever une pointe d’orange sur la fin qui va annoncer le second nez beaucoup plus sur le bourbon.

 

Au second passage, donc, on arrive au straight bourbon plus habituel mais avec une certaine fraicheur (peut-être liée au degré du distillat (54,7 % alc quand même !).

 

Sur le troisième passage des épices (pointe de poivre et noix de muscade) surgissent avec des notes plus boisées qui viennent maintenir sa fraicheur.

 

Dans le creux de la main on note des notes très sucrées et une pointe de fumée.

 

 

De manière assez surprenante, il va lancer des effluves fraiches et boisées marquées avant même de rentrer dans la bouche.

 

Quand le liquide pénètre en bouche il a le gout doux d’un caramel au beurre salé puis un goût d’orange. Progressivement l’orange prend de l’acidité et vire au citron.

 

Les aromes nous amènent ensuite sur des épices marquées qui viennent se coller à la langue. On peut lui trouver des notes boisées et un peu âpres liées à son long passage en fut neuf.

 

Ensuite le tout s’adoucie et on va se dirige vers le miel et des notes pâtissières.

 

Il fait preuve d’une belle maitrise de l’alcool, car, malgré ses plus de 54 % / vol, il n’est pas fort du tout et très régulier en bouche.

 

La finale longue est elle aussi boisée mais elle laisse une sensation de velours sur la langue. Elle laisse dans la gorge des effluves de réglisse qui relancent la fraicheur et qui sont assez surprenant pour un bourbon. Paradoxalement c’est à ce moment que l’alcool semble ressortir et vient endormir la bouche.

 

TWO WORLDS a visé le haut de gamme (on est quand même sur une bouteille à un peu plus de 180 € !) mais il est à la hauteur. Il fait preuve d’une certaine complexité qui va le faire sortir du lot. On peut imaginer qu’avec une base déjà bien posé il pourrait surprendre avec un passage en fut de vin (même si il doit y perdre une partie de son appellation).

 

Mais n’est-ce pas plus de choses plus grande qu’on attend d’une ALLIANCE ? 

 

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