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Sur la route du souvenir et du Whiskey: Bushmills 10 ans et 22 ans Mizunara

Le moteur de Bradpeat ronronne doucement dans les ruelles de Belfast.

 

Devant le pub Maddens je rejoins  Fred qui ajuste sa casquette  et savoure un verre de Black Bush, le regard pétillant. Stéphane est juste à coté de lui (inséparable), perdu  dans ses pensées devant une fresque murale, comme hypnotisé par les couleurs et les histoires qu’elle raconte.

 

Moi, je suis au volant, prêt à reprendre la route vers le nord. Direction la Chaussée des Géants, puis la distillerie Old Bushmills.

 

Ce voyage, c’est la suite logique de deux aventures que j'ai eu l'occasion de vous raconter avec le Sexton (ici) et les vieux millésimes de Bushmills (ici).

 

Cette fois, deux bouteilles nous attendent : Bushmills 10 ans et le tout nouveau Bushmills 22 ans Mizunara Cask. Et, en prime, une rencontre avec Alex Thomas, la master blender.

 


Sur la route d'Irlande du Nord avec Bradpeat

 

Le van sent le cuir, la tourbe et les souvenirs. La route nous mène à travers les routes brumeuses de la cote nord de l'Irlande au son de "Gloria" de Van Morisson.

 

Fred, toujours prêt à débattre sur les subtilités du vieillissement s’impatiente : « Tu crois qu’Alex Thomas nous fera goûter le Mizunara » ?

 

Stéphane, lui, s’intéresse plus à la légende de Finn McCool qu’au whisky, mais il est là, fidèle au poste, prêt à marcher sur les pierres hexagonales de la Chaussée des Géants.

 

 

Après une pause contemplative face à l’Atlantique, nous arrivons à Bushmills.

 

La distillerie, fondée en 1608, est un joyau d’authenticité. Alex Thomas nous accueille avec son sourire franc et son accent de Ballymoney.

 

 

Elle nous fait visiter l’ancienne distillerie, avec ses alambics cuivrés et ses murs chargés d’histoire, avant de nous emmener dans sa sœur jumelle, flambant neuve, inaugurée en 2024. Deux mondes qui se répondent : tradition et modernité.

 

 


Dégustation dans le bar historique

 

Dans le bar historique de la distillerie, aux murs tapissés de bois et aux effluves de chêne, Alex nous sert les deux distillats. Fred s’installe, le regard concentré. Stéphane observe les reflets dorés dans les verres comme s’ils contenaient des fragments d’Irlande.

 

Bushmills 10 ans

 

Posons tout d'abord les bases. Alex nous propose de commencer par la base. 

 

Je lui ai dit que Fred était un grand amateur de BLACK BUSH (et du vieillissement sherry) aussi, c'est tout logiquement qu'elle nous fait ici découvrir le 10 ans d'âge de la marque.

 

Ce whiskey est souvent considéré comme la porte d’entrée idéale dans l’univers des single malts irlandais. Il incarne la finesse et la tradition de Bushmills, avec un profil aromatique accessible mais riche, parfait pour les amateurs comme pour les curieux.

 

Bien entendu il est issu d'une triple distillation, typique du style irlandais et a ensuite vieilli principalement en fûts de bourbon (chêne américain) avec une petite proportion en fûts de sherry (chêne européen).

 

 

Au premier nez, ce whiskey dévoile une belle fraîcheur. On y retrouve des notes de pomme et de poire mûre.

 

Au second passage on peut lui trouver les notes de vanille issue des fûts de bourbon mais également des notes sucrées de miel. 

 

C'est au troisième passage qu'on peut noter, tapi derrière ces notes printanières, l'impact du fût de sherry avec  de légères notes chocolatées.

 

En bouche l’attaque est douce et moelleuse. Le whisky glisse sur le palais avec une texture veloutée, presque beurrée pâtissière. On va bien évidement trouver des notes de caramel  et de fruits du verger. 

 

Ce whiskey est globalement assez rond, sans agressivité. Il laisse néanmoins un peu de place à une subtile épice en milieu de bouche

 

La finale est moyenne avec des notes boisées assez discrètes et un retour de vanille et de fruit sec.

Une légère amertume élégante qui appelle une deuxième gorgée.

 


Bushmills 22 ans Mizunara Cask

 

Alex nous présente ensuite son nouveau bébé : Le Bushmills 22 ans Mizunara est un single malt qui mari la tradition irlandaise et l'art japonais.

 

Comme pour le 10 ans que nous venons de goûter, ce whiskey qui fait parti de la gamme Causeway Collection, est vieilli en fûts de bourbon et de sherry oloroso, mais sur une durée 2 fois plus longue (de 2002 à 2022), il est ensuite affiné 2 ans dans des fûts de chêne Mizunara, (bois précieux originaire d’Hokkaido) , pour une complexité aromatique inédite. Il est proposée en brut de fût à 53,4% et n'est destiné qu'au marché français.

 

 Alors ?  Ce vieux sage irlandais vêtu d’un kimono japonais va-t-il nous conter une histoire de bois, de mer et de feu.

 

Dès la première inspiration, le voyage débuta. Une brise chaude avec des notes boisée de santal chargées de noix de coco fraîche vous enveloppe.

 

Au second passage on retrouve des notes moelleuses et sucrées d’abricots séchés, de figues moelleuses, de vanille caressante sur un fonds ligneux de cuir patiné.

 

Puis, lentement, au troisième passage, comme si le whiskey reprenait son souffle, des épices douces avec même un fond de cardamome et de cannelle.

 

En bouche, la première gorgée a des teintes de murmure de velours. Le caramel au beurre salé et la noix de macadamia ouvrirent le bal avec la chaleur venue de son degré.

 

Puis, dans un équilibre, le sherry apporte ses fruits noirs tandis que le Mizunara, discret mais essentiel, distillait ses notes plus verte de thé et de bois humide.

 

Une structure complexe, mais jamais arrogante, s’installa. À 53,4%, le distillat aurait pu rugir. Il préféra chuchoter.

 

 

La finale ne fut pas une fin. Elle s’étire, longue, persistante, comme une chanson qu’on fredonne longtemps après l’avoir entendue. Les épices douces, le bois noble, et une touche florale. Une pointe de salinité, presque marine, rappele que Bushmills est né là où la terre rencontre l’océan.

 

Fred, fidèle au Black Bush, fronça les sourcils au départ. Mais très vite, son regard changea. « C’est pas le même jus… mais c’est sacrément bon », souffla-t-il, presque à lui-même, comme s’il venait de trahir un vieil ami pour un amour de passage.

 

Quant à Stéphane, qui jusqu’ici regardait le whiskey comme on regarde un train qu’on ne prendra jamais, il conclut dans un sourire : « Bon… va peut-être falloir que je m’y mette, finalement. »

 


A Fred et Steph

 

Le soleil décline sur la distillerie. On trinque une dernière fois dans Bradpeat, garé face aux champs dorés.

 

Fred et Stéphane rient, discutent, vivent. Et pourtant, cela fait dix ans qu’ils ne sont plus là et je me retrouve seul comme dans cette nuit du 13 novembre 2015.

 

Victimes du Bataclan, emportés par la folie humaine. Mais dans ce van, dans ce verre, dans cette terre qu’ils aimaient, ils sont là. Vivants. Présents.

 

Ce voyage, cette dégustation, cet article — c’est pour eux. Pour Fred, l’amoureux du whiskey. Pour Stéphane, le passionné d’Irlande. Et pour tous ceux qui continuent à célébrer la vie, malgré la barbarie , malgré tout.

 

Sláinte, les amis.

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Manu (mercredi, 29 octobre 2025 17:07)

    Très beau témoignage, déjà presque 10 ans…. Cette barbarie et la folie « inhumaine » surtout. ��