Distillerie HEPP vs Brasserie UBERACH

SINGLE MALT HEPP THARCIS ex FUT DE GEWURZTRAMINER

1 WHISKY SINGLE CASK F46

 

Aujourd’hui je vous propose de revenir faire un tour dans l’Est de la France, dans une bourgade d’un peu plus de 1000 âmes où vivent d’irréductibles alsaciens bouilleurs de cru : UBERACH.

 

Imaginer un petit village du Bas-Rhin au nord de Strasbourg (au milieu des fruits à eau-de-vie), on compte désormais 3 distilleries : Distillerie BERTRAND (dont nous avons déjà fait connaissance et gouté le UBERACH CASK BLEU), mais également la distillerie HEPP (reconnue pour ses distillats déjà bien éprouvés) et depuis peu, un troisième larron montre son nez : la BRASSERIE UBERACH (déjà très connu pour ses bières comme quoi il n’y avait qu’un pas entre la mousse et la distillation).

Aussi, aujourd’hui, nous allons goûter et comparer deux des créations de ces dernières :

 

SINGLE MALT HEPP THARCIS ex FUT DE GEWURZTRAMINER et 1 WHISKY SINGLE CASK F46.

 

Avant tout faisons connaissance avec ces deux distilleries.

 

Commençons par la plus ancienne : DISTILLERIE HEPP. La distillerie, aussi vieille que votre serviteur (elle été créée en 1972 !) est le résultat d’une famille de bouilleurs de cru qui sévissait dans le coin depuis le début du 20ème siècle et passait de fermes en fermes pour distiller cerise, prunes, poires…. Elle est désormais dirigée par l’arrière-petit-fils de la famille, Yannick HEPP, et a décidé d’élargir sa gamme de distillats en 2007 en ajoutant l’orge aux fruits.

 

 

La distillerie a pour se faire investi et rajeuni son matériel. En plus de son savoir-faire largement éprouvé, elle dispose désormais de trois alambics de 450 litres et un large chai de stockage et produit donc du WHISKY ALSACIEN.

 

Sa renommée, qui a été faite grâce à de nombreuses médailles (or, argent et bronze) obtenues au Concours Général Agricole de Paris lui permet de désormais, en marge de ses propres créations, de proposer des distillats à des diffuseurs de whisky (nous avons eu l’occasion de gouter la FINITION SEMILLON d’AYMERIC ROBOREL DE CLIMENS).

 

 

De l’autre côté du village, nous allons trouver la brasserie UBERACH créée en 1999 spécialisée dans les bières de dégustation artisanales. Et comme on le sait qui dit bière dit eau (des Vosges), malts, houblons et levures ! Hormis le houblon, la frontière est plus que mince pour aller jusque dans un alambic !

 

Aussi, pour ses 20 ans d’existence, la frontière a été franchie par Éric Trossat et il dédie désormais une de ses cuves de fermentation à la distillation. Depuis 2020 (la belle année) il se lance dans la commercialisation de whisky. Et comme sa première réalisation est tourbée…il n’en fallait pas plus (mais nous allons y revenir) !!

 

Revenons à notre dégustation :

 

Tout d’abord intéressons-nous au SINGLE MALT HEPP THARCIS ex FUT DE GEWURZTRAMINER. Il a été distillé dans un des 3 alambics à eau de vie tout en rondeur puis repose pendant plusieurs années dans des fûts de chênes américains. Il a fini sa course dans un fût de Gewurztraminer. Une fois vieilli il a été réduit à 43% sans filtration et a été glissé dans une bouteille. Ce vieillissement va donner au distillat une couleur dorée profonde.

 

On peut d’ailleurs noter que le design de ses dernières a été revu il y a peu. Fini les bouteilles carrées à l’épreuve des tempêtes (elle s’appelait QBICK !), voici l’arrivée de bouteilles un peu plus modernes et colorées. 

 

Coté 1 WHISKY SINGLE CASK F46. Et bien comme annoncé un peu plus haut, le choix a été fait d’utiliser de l’orge tourbée (pour se démarquer !).

 

Et toujours pour lui donner de la typicité il a été décidé de le faire vieillir pendant 3 ans en fût de Chinon rouge. Résultat un belle couleur orangée-ambrée.

 

Et alors que nous donnent ces deux whiskies alsaciens ?

 

 

SINGLE MALT HEPP THARCIS ex FUT DE GEWURZTRAMINER

 

Quand le nez s’approche du verre il va découvrir des arômes de fraise des bois.

 

Mais que l’on ne se trompe pas quand il rentre franchement à l’intérieur on retourne en Alsace. Il est très fruité et frais et va faire penser à un sorbet aux poires.

 

Quand le nez retourne une seconde fois dans le verre, la poire va murir et se transformer en pomme. Le fruit va s’accompagner de notre bien boisées mais également de vanille et d’une pointe de réglisse.

 

Au troisième passage le murissement se poursuit et se commute en fruits rouge (peut-être ici l’impact du fût de vin (même si ce dernier n’est pas d’un vin rouge il aura laissé une pointe de fruits au distillat).

 

Quand il entre en bouche c’est sans violence (43 % d’alc) mais avec de larges notes boisées. Il va dégager des effluves d’épices et de poire sur un fond légèrement âpre (lié au vieillissement en fût de vin). Les épices restent bien présents et font des aller-retour dans la bouche. Le distillat reste assez jeune et végétal. Il finit sa course par une poignée de poivre qui donne le signal de la descente dans la gorge.

 

La finale d’ailleurs reste assez courte et va laisser une pointe d’amertume.

 

Et de l’autre côté du village, dans la brasserie UBERACH, que donne WHISKY 1 SINGLE CASK F46

 

Pour ce qui est du nez, il va avoir une approche du verre très fraiche et basée sur les agrumes. En revanche quand le nez plonge franchement dans le verre, il va détecter un distillat basé sur une note agricole. L’orge est bien présente et se transforme même en foin. Néanmoins la tourbe attendue est bien là (parole de peatdream).

 

Au second passage, le nez va détecter des notes boisées et une tourbe légère mais bien présente.

 

Le troisième passage va s’adoucir sur des notes de pèche et même des notes distinctes selon que l’on a une ou l’autre narine dans le verre : côté gauche une pointe de fraise et côté droit des épices.

 

Première impression, la tourbe est ici assez bien maitrisée et peu marquée. D’ailleurs, je pense qu’elle se révèlera bien plus dans votre main (accompagnée par une pointe d’orge).

 

L’entrée en bouche est là aussi assez maitrisée et douce malgré ses 46 % d’alc). La première impression (furtive) va être celle d’un bonbon au caramel. Néanmoins, très rapidement des épices font leurs arrivées. On notera bien entendu la légère âpreté liée au vieillissement en fût de vin de Touraine mais elle est maitrisée. Le distillat va se révéler boisé et montre ses origines avec un gout d’orge. Derrière une tourbe discrète le chemin se poursuit sur une pointe de miel mais les épices restent bien présents vont et viennent dans tous les coins de la langue. C’est le goût d’un bâton de réglisse qui va sonner la fin de la dégustation.

 

Le final, court, va laisser des notes citronnées et une pointe de tourbe.

 

 

Voilà, le choix risque d’être difficile s’il doit être fait. En revanche, les quantités feront peut-être elle-même le travail (le whisky de la Brasserie UBERACH n’est tirés qu’à 490 bouteilles (le fameux cask 46 !).

 

Néanmoins, la dégustation montre que sur une petite zone de production on va se retrouver avec un distillat très différent : marqué « whisky alsacien » (sans aucune connotation péjorative –NDLR-) pour HEPP (plutôt poire) et plus marqué sur le boisé pour le distillat de la Brasserie (je vous renverrai ici sur les notes pâtissières de la distillerie BERTRAND).

 

Pour aller plus loin :

 

Distillerie HEPP : http://distillerie-hepp.com

 

Brasserie UBERACH : http://www.brasserie-uberach.fr