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La NOUVELLE AQUITAINE la nouvelle patrie du whisky Français

Dégustations :

DISTILLERIE BERCLOUX - WHISKY DE MALT

MAISON BACHE-GABRIELSEN - WHISKY DE FRANCE

MAISON DAUCOURT - BASTILLE 1789 SINGLE MALT

 

Je continue ma route vers le sud de la France et m’apprêtes à rentrer dans ce qui va certainement devenir une des régions de prédilection du whisky Français.

 

On a depuis longtemps l’habitude d’entendre « ah le whisky français c’est en Bretagne et en Alsace » (sans vouloir créer de jalousie) mais il s’agit bien entendu de « on dit », puisque nous savons très bien qu’il y a des distilleries un peu partout sur le territoire (voyez en dessous la carte de la Fédérations du Whisky de France).

 

 

Mais voilà, le fait est qu’il y a de plus en plus de distilleries en France, d’assembleurs, de distributeurs…et surtout d’amateurs. Le fait est, aussi, qu’une certaine région française a tendance à devenir incontournable sur le secteur.

 

Carte produite par la Fédération du Whisky de France. Plus de détails sur en cliquant sur la carte ou ici 

 

Aussi, me voici rendu à bord de mon fidèle BRAD PEAT sur la côte ouest de la France en Nouvelle Aquitaine ! Avec tous les producteurs de whisky qu’elle récence, entrer dans cette région, c’est un peu entrer dans le Speyside quand on est en Ecosses (ok à climat et à relief différent).

 

Après avoir fait le point sur les whiskies de cette région nous gouterons les réalisations de trois représentants : WHISKY DE MALT par la Distillerie BERCLOUX, WHISKY DE FRANCE par la MAISON de cognac BACHE- GABRIELSEN et BASTILLE 1789 SINGLE MALT de la MAISON DAUCOURT.

 

 

Alors la NOUVELLE AQUITAINE, on savait depuis des lustres pour le vin et pour le cognac mais le whisky !? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en espérant ne pas en oublier, on compte déjà plus de 20 sortes de whiskies (tous distillateurs ou distributeurs confondus) et pas moins d’une dizaine de distilleries en attente de vieillissement ou en gestation. De fait, on peut presque estimer qu’1/3 des whiskies français viennent désormais de cette région.

 

On trouve pêlemêle, des distilleries créées en totalités pour produire du whisky (MAISON DAUCOURT, MOON HARBOUR, SUGAAR…), des distilleries de cognac qui utilisent leurs alambics charentais (on ne l’invente pas) pour passer de la distillation du raisin à celle des céréales (ALFRED GIRAUD, MAISON BRUNET, BOINAUD, MERLET & FILS, GODET…), des brasseurs élargissant leur offre en produisant du whisky (BERCLOUX, MICHARD, ALKERBELTZ,…). On trouve également de distillateurs comme SVE.

 

En parallèle on trouve des assembleurs-sourceurs (BELLEVOYE, ROBOREL DE CLIMENS, JEAN BOYER, AMAETHON,…), certains venant du COGNAC (BACHE GABRIELSEN…) mais également des affineurs de divers distillats français (LEFORT) ou écossais (LE PERTUS, DELOYRE…).

 

Pour finir, on trouve des distilleries ou producteurs qui bouillent (sans jeux de mots) en attendant les 3 ans révolus de leurs distillats (LA PERUGE, DISTILLERIE TESSENDIER & FILS, BOINAUD, BORDEAUX DISTILLING COMPANY, FONTAGARD, DISTILLERIE VINET DELPECH, ROUNAGLE,…).

 

Autant dire qu’il y a quand même de quoi faire et de quoi rassasier toutes les envies et les goûts des amateurs. Aussi pas facile de vous proposer une dégustation dans tout ce beau monde (sachant qu’un certain nombre sont déjà passé par PEATDREAM – cf au début de ce texte-).

 

 

Ma route va tout d'abord s’arrêter en Charente tout d’abord chez un brasseur-distillateur de whisky (DISTILLESRIE BRASSERIE DE BERCLOUX), ensuite dans une maison du cognac en train de se développer sur les whiskies (BACHE GABRIELSEN) et enfin à Angoulême dans une Maison de whisky (MAISON DAUCOURT). 

 

Mon trajet m’amène tout d’abord à quelques kilomètres au nord de SAINTE dans un village qui s’appelle BERCLOUX (surprenant !). C’est là que nous rencontrons Philippe Laclie.

 

C’est lui qui a créé la brasserie de la ville en 2000 : La Bercloise. Mais il nous raconte qu’il n’est pas resté longtemps que brasseur dans ce monde du spiritueux Charentais en pleine mutation. Aussi, il nous raconte que 2 ans après avoir ouvert sa brasserie, il se lance dans les spiritueux en achetant un alambic de type endémique (charentais) et en produisant pendant une dizaine d’années des gins et autres liqueurs fruitées.

 

 

En 2014, après avoir acquis des cuves de fermentations il passe à la vitesse spiritueuse supérieure en achetant un Stupfler (alambic à colonne qui comme son nom l’indique est fabriquée à….Bègles).  2 ans plus tard, il est fier de sortir 2 distillats : Spirit Drink Single Malt Tourbé et du Single Malt ACF 5. L’aventure whisky est lancée.

 

Comme il fait du bon boulot, il commence à bien plaire dans le milieu et à faire de l’œil aux « investisseurs ». Aussi, depuis 2019, en restant à la barre du navire, il rentre dans le giron du groupe LES BIENHEUREUX (vous savez BELLEVOYE, le whisky de l’Elysée dont je vous ai fait gouter le Blanc et le Vert il y a peu !).

 

Bref une belle aventure qui a donné naissance en 2018 à de belles choses comme le WHISKY SINGLE MALT SMALL BATCH que je vais fous faire découvrir juste en dessous.

 

Alors voilà la distillerie, qui quelque chose me dit ne va pas en rester là bien longtemps, produit deux distillats : un tourbé (que je n’ai pas pu goûter L désolé) et un whisky non tourbé vieilli en fûts de Pineau des Charentes.

 

Avant de plonger mon nez dedans, Philippe me présente la bête : Distillé à partir d’une orge venant de Belgique (Malterie du Château que je vous rassure on retrouve dans nombres de distillats français) et a été ensuite glissé dans des fûts de la région (Tonnelleries Navarre et Doreau située à Cognac) pendant 2 ans avant de passer en partie dans des fûts « roux » (ayant vécus plusieurs vieillissements de cognac) et en fûts de Pineau des Charentes.

 

C’est clairement de ce vieillissement que lui vient sa belle couleur ambrée.

 

DISTILLERIE BERCLOUX - WHISKY DE MALT

Mais il donne quoi au nez et en bouche ?

 

En approchant le nez du verre on détecte une certaine douceur fruitée et sucrée.

 

Néanmoins quand on plonge le nez plus franchement dans le verre on va se rappeler que sur la bouteille il y a mentionné 47,8 % d’alcool. De belles effluves boisées et épicées attaquent les muqueuses. En restant dans le verre le « petit feu » se calme et laisse place à de belles notes de pommes caramélisées.

 

Le second passage dans le nez va détecter la jeunesse du distillat avec des notes phénoliques assez franches mais également l’odeur de l’orge avec toujours en arrière-plan le caramel sucré.

 

Le troisième passage sera camphré mais laissera sortir des notes de vanilles.

 

Un petit vieillissement supplémentaire devrait venir apaiser le tout.

 

Quand on met une goutte du distillat dans la main on découvre clairement l’orge malté qui a servi à le distiller. 

 

En bouche il va paradoxalement à son nez (et surtout à son degré d’alcool) tout d’abord être Douceur sucrée. Mais prenez garde car vite arrive une belle force boisée. Plus tard surgi une pointe d’amertume sur laquelle vient s’adjoindre des notes poivrées. On peut ensuite detecter une certaine pointe de fumée qui va venir adoucir les notes poivrées de la jeunesse laisser à nouveau la place à de la douceur, comme pour boucler la boucle.

 

Une fois avalé la finale est très correcte et sera sur le gingembre et les amandes vanillées.

 

Le verre vide garde la force du distillat et refait sortir l’orge et ensuite des notes de marmelade.

 

Belle et prometteuse découverte qui méritera de prendre un peu d’âge pour être encore meilleure.

 

Prenant congé de Philippe, je remonte dans BRAD PEAT et je continue à route à ½ heure de là, direction Cognac. Et comme tout le monde le sait, à Cognac on fait…du whisky !

 

Nous allons découvrir une approche totalement différente dans la plus norvégienne des maisons de cognac : BACHE GABRIELSEN ! Je dis une approche différente car nous nous trouvons ici à mi-chemin entre une maison de cognac qui se lance dans le whisky et un sourceur (puisque le dit-whisky n’est pas fabriqué ici). Mais je vais y revenir.

 

Dans cette maison désormais plus que centenaire (elle a été créée en 1905 par le norvegien : Thomas BACHE GABRIELSEN avec le rachat de rachète la maison de Cognac A. Edmond Dupuy), je ne rencontre pas Hervé Bache Gabrielsen (descendant du créateur et actuel gérant) mais Olivier JADEAU en charge de vendre le cognac à l’export (pas facile en ce moment je pense mais bon Trump est parti alors…).

 

Après m’avoir fait les 100 ans d’historique, il me parle des expériences récentes de la maison. Tout d’abord faire vieillir du Cognac dans des fûts en chène du limousin et surtout ensuite quelques mois dans des futs de chêne neuf du Tennessee et donner naissance à (ce qui va être un coup de pied dans la fourmilière cognac) au BACHE GABRIELSEN AMERICAN AOK COGNAC. 

 

 

Ensuite se lancer dans le monde du whisky. Problème plutôt que de se lancer dans la production (qui n’est quand même pas la même que la distillation de raisin) on va plutôt aller vers une valeur sure et on va lui apporter la touche BACHE GABRIELSEN. Tout était sous la main, le fût de chêne blanc du Tennessee qui abritait le cognac va continuer à bosser et va désormais accueillir du whisky : en 2017 la gamme DISTILLATIONS by Bache-Gabrielsen est née et mérite d’être testée.

 

Mais avant de gouter la réalisation qui sera commercialisée en fin d'année, il faut savoir que la MAISON BACHE GABRIELSEN produit déjà un blend dans sa gamme DISTILLATION avec le WHISKY AMERICAN OAK. Lui a passé uniquement par le fût de chêne blanc du Tennessee qui abritait le cognac.

 

MAISON BACHE-GABRIELSEN - DISTILLATIONS WHISKY DE FRANCE

Sans vous faire attendre la fin d'année, goutons à ce premier single malt.

 

A l’inverse du distillat de BERCLOUX, nous allons ici retrouver une couleur or plus proche des standards avec des tons or mais un peu plus foncée qu’avec un fût de chêne américain conventionnel. Pour ce single malt nous allons avoir un vieillissement en fûts de Cognac puis un passage de quelques mois en barriques ayant servi au vieillissement d'un Très Vieux Pineau des Charentes de la maison..

 

Le nez va détecter un distillat beaucoup plus frais que le précédent avec des notes d’amande beaucoup plus marquées.

 

Au second passage la fraicheur est confirmée et c’est aux effluves d’orge de faire leurs apparitions et déjà une odeur de tourbe qui ne cherche qu’à faire son entrée.

 

Mais la vraie nature du distillat va réellement s’affirmer au troisième passage avec désormais une tourbe légère mais bien présente et une odeur sucrée de pêche blanche (je ne comprends toujours pas les gens qui me disent que la tourbe n’est pas sucrée..-NDLR-).

 

Si vous avez un doute sur la tourbe faite le coup de la paume de la main à votre distillat, vous n’aurez plus de doute.

 

Alors qu’il s’annonçait frais, en bouche ce whisky est beaucoup plus sucré qu’il ne le laissait présager.   Avec des notes de fruit sucré et pâtissier il est même chaud et moelleux. Il se réchauffe encore avec l’arrivée d’une pointe d’épices.

 

Globalement il est dense et moelleux en bouche.

 

Une fois avalé la finale va être plutôt longue sur les agrumes et les notes de fumée et tourbe. On détectera une légère amertume mais qui gâchera en rien cette dégustation.

 

Verre vide sur l’orge et un peu la tourbe.

 

 

Prenant congé d’Olivier, je remonte une nouvelle fois dans BRAD PEAT et je pars à l'est en direction d’Angoulême pour aller y prendre la Bastille !

 

Comment faire plus français à l’étranger que d’avoir un whisky qui s’appelle BASTILLE 1789 (peut-être en faire un Bleu blanc rouge ! ah non ça é existe aussi).

 

Bref, me voici rendu à Angoulême dans la MAISON DAUCOURT. J’y rencontre Veronique DAUCOURT- WILKINSON qui me fait part de l’aventure de ce whisky.

 

En fait comme nous l’avons vu plus haut nous sommes là dans une vraie distillerie de whisky, mais comme on est dans la région du cognac, on va trouver sa genèse dans ce spiritueux. En effet, depuis longtemps, la production était plutôt sur la distillation de raisin et non d’orge.

 

En 1996, les frères de mon hôte se lancent dans l’aventure whisky en proposant tout d’abord un blend (BASTILLE 1789 BLEND) constitué à 50 % d’orge malté et 50 % de grain. L’aventure continue ensuite avec un single malt (100 % orge malté) qui s’appellera…BASTILLE 1789 SINGLE MALT (!!). 

 

Pour se faire, leur belle et chic installation dans la région d’Angoulême est équipée d’alambics charentais, utilise l’eau dans une source voisine et s’approvisionnent en malt dans le nord de la France.

 

On va ainsi boucler la boucle de notre tour en Nouvelle Aquitaine avec une marque qui est DISTILLERIE issue du COGNAC qui distille elle-même.

 

Pour information, sachez que c’est la MAISON DAUCOURT, déjà bien présente à l’international, qui s’est associée avec le rappeur BOOBA pour créer le whisky D.U.C (distillat vieilli en fûts de Bourbon, Sauternes et Cognac). 

 

BASTILLE 1789 - SINGLE MALT

C’est le SINGLE MALT (multi médaillé et distribué dans de nombreux pays) que nous allons goûter aujourd’hui (et oui je suis plus single malt que blend).

 

Il se pare d’une couleur ambrée qui lui provient d’un triple vieillissement dans des fûts de Sauternes, de vin de Bourgogne et enfin de Xérès espagnol.

 

De loin, le nez détecte la douceur de fruits (mélange de poire et pêche) et l’orge et du caramel;

 

Le premier nez est bien marqué par le vieillissement sherry et les épices. Vient ensuite la chaleur et fruits rouges.

 

Le second passage montre toujours beaucoup de fruits et d’épices et désormais une pointe de fumée, de poivre dans ma narine droite et des notes vineuses sur la gauche.

 

Les épices sont très présentes jusqu’à la fin du voyage olfactif avec une belle chaleur de fruits exotiques bien mures.

 

Dans la main la fumée froide de la tourbe se ressent mieux.

 

Quand il entre en bouche c’est avec la douceur d’une marmelade d’orange. Mais cela ne dure pas. De suite les épices arrivent sur grands chevaux et restent en bouche tout au long de la dégustation. Avec eux, au début, une pointe d’âpreté (peut-être liée au fût de vin). Les épices sont omni-présentes avec du poivre qui colle bien à la langue. Au bout d’un moment le distillat devient suave et épais avec de notes de compoté de pomme.

 

Quand il est avalé il a laissé la langue en feu. Dans la gorge on ressent une certaine âpreté et surtout une pointe de fumée.

 

 

Je sais que ces 3 dégustations ne rendent pas cet article exhaustif sur ce qui se fait en Nouvelle Aquitaine (je vous l’ai dit plus haut la région est une grande région de whisky) mais elle donne (avec les autres dégustations que j’ai déjà pu faire de distillats de cette région -cf. plus haut-), un petit aperçu de la palette aromatique des whiskies « made in côte atlantique ».

 

 

Je reprends mon tastevin de pèlerin et reprends la route vers l’est de la France. Il paraît que ça sent la tourbe du coté de la ville rose (mais non pas celle-là, je parle de Montauban !).  

 

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